Construire un projet, c’est mettre en place une démarche visant à atteindre des objectifs.
Par conséquent, faire du développement durable un véritable projet d’avenir c'est faire s'inscrire les différentes initiatives plus ou moins coordonnées dans un processus.
Ce processus est d'ailleurs planifié depuis longtemps, et c'est même pour le moment ce que nous avons réussi à faire le mieux au travers, par exemple, de l’agenda 21 de Rio, ou encore du protocole de Kyoto.
Cette première étape, réussie puisque déjà d'ordre national, voire supranational, ne peut fonctionner sans trois éléments indispensables et complémentaires :
- La volonté, car il s’agit bien de développer, d’aller de la parole vers les actes, de mettre en œuvre une volonté politique.
- La connaissance, qui fait la prise de conscience et l'anticipation des effets.
- Et l'action...
Savoir
Une lente prise de conscience
Le prise de conscience du lien néfaste qui existe entre activité humaine désorganisée et nature est ancienne. Il faut remonter à Malthus, en 1798, pour qui, dès cette époque, l’augmentation de la population plus rapide que les ressource ne peut mener qu’à des catastrophes majeures. Mais le 19e siècle est celui des progrès technologiques, et les évolutions techniques laissent imaginer des ressources infinies. Il faudra attendre 1890 pour que la première réserve naturelle ne soit crée à Yellowstone, aux états unis.
Ce n’est qu’en 1987 que Gro Harlem Brundtland, premier ministre de la Norvège, emploie pour la première fois le terme de "sustainable development" dans un rapport pour l’ONU. Ce terme a été traduit en français par le fameux "développement durable", et l’ambiguïté du mot "développement" a fait enterrer par les politiques de l’époque les initiatives associées (sans doute déjà par crainte d’une nouvelle idéologie récessioniste).
Pour réconcilier les économistes avec le principe, il faudra attendre la réapparition du terme "soutenable", levant à leurs yeux l’ambiguïté sur la partie "développement". En effet, la remise en cause de notre modèle de croissance économique n’était plus alors directement à l’ordre du jour.
Le terme de "développement durable" connaît alors un essor fulgurant. Politiques, industriels, mais aussi contestataires des pouvoirs en place : tous l’adoptent, mais tous n’y mettent pas la même chose.
Le sommet de la Terre de Johannesbug a réaffirmé les objectifs de Rio. Les zones protégées représentent désormais plus de 12% de la planète, de nouveaux indicateurs montrent la fragilité et la valeur des écosystèmes. Les objectifs fixés sont devenus ambitieux, et les premières mesures, timidement, sont appliquées. En bref, peu à peu, les problématiques de développement entrent durablement dans nos esprits, et transforment notre vision du monde.
Economie solidaire et neurologie
La neuroéconomie est une thématique de recherche au croisement de l’économie et de la neurologie. Il s’agit d’étudier l’influence des facteurs émotionnels dans les prises de décisions qu’il s’agisse d’investissement, d’achat, de prise de risque, ou encore de façon très générale de consommation. La neuroéconomie examine les fonctionnement neurologiques de ces comportements, notamment grâce aux nouvelles techniques d’imagerie cérébrale.
La première constatation est que, prendre une décision est impliquant émotionnellement parlant...
La neurobiologie a récemment mis en évidence les régions du cerveau affectées aux émotions dans la prise d’une décision. Cette découverte s’est prolongée par des recherches sur le fonctionnement du cerveau lors d’activités économiques courantes : décider, négocier, acheter et vendre, consommer, se comparer aux autres, entrer en compétition, etc.
Faut-il, par exemple, prendre à la lettre le fait que nous nous disions "dégoûtés" lorsque nous nous estimons victimes d’une injustice (sur le plan financier, des pertes en bourse par exemple) ?
Eh bien oui, car c’est la même zone du cerveau qui s’active lorsque nous avons des nausées.
Y a-t-il des états cérébraux particuliers liés à la tentation irrésistible de consommer certains biens ? ou se mettre dans une position d’exclusion sociale ?
Nous sommes capables, très inconsciemment, de gérer nos émotions pour créer un champ économique. Il nous faut dès lors trouver la raison bloquant ce processus et nous empêchant de l’appliquer à une économie qui soit à la fois prospère et solidaire.
Il s'agit bien d'un blocage, puisque, finalement d'après ces études, l'équité semble notre façon neurologique normale de considérer les échanges.
Vouloir
De la parole aux actes
Toutes les études le montrent : nous nous soucions de l’environnement. Enfin, nous sommes surtout pleins de bonnes intentions, mais nous avons parfois du mal à les concrétiser. Le champ d’action individuel est pourtant vaste. Les faits sont têtus, et une étude du Credoc montre que la recherche du confort prime encore à l’heure actuelle sur la recherche de consommations écoresponsables.
Le problème reste visiblement le prix, puisque nous sommes 90% à nous inquiéter des dérèglements climatiques, mais seulement 19% à être prêts à payer plus cher pour des produits respectueux de l’environnement. Il nous faut cependant nous méfier. Manger "bio", n’est pas forcement manger "durable". D’abord, pour des raisons de marketing. Une production bio implique une utilisation limitée
des produits chimiques. Or, certaines recettes de grand-mère de produits phytosanitaires sont notoirement plus nocives pour l’environnement que certains produits chimiques industriels. Manger "durable", c’est surtout manger local, et de saison. Et là, il n’y a pas obligatoirement de surcoût.
Les civilisations à l’épreuve de la durabilité
Prenons quelques exemples. Face à un changement écologique majeur, les Vikings ont disparu du Groenland (Grønland en danois veut dire « terre verte ») alors que les Inuits sont toujours là. On peut aussi parler de Tikopia, petite île proche de l’île de Pâques, où les 1200 habitants ont échappé au sort tragique de leurs voisins.
Au fil de l’histoire, nous avons de nombreux exemples où les choix qui ont été faits ont été déterminants. Ils ont tout simplement marqué la différence entre les civilisations qui ont survécu et celles qui se sont éteintes.
Dans la plupart des cas, la situation peut se résumer ainsi : si une ressource en libre accès est en régression rapide, l’intérêt de chacun est d’en prélever le plus possible avant l’inévitable épuisement, alors que l’intérêt du groupe est de sauver la ressource. Le coeur de ce problème est donc bien celui de la gouvernance, et une autorité capable de représenter le bien commun ne surgit malheureusement pas toujours.
Volonté politique
L’écologie, qui se doit d’être une démarche visant à assurer la régulation des écosystèmes, est en fait plus que cela. Au travers de problèmes comme ceux de la pêche au thon rouge en Méditerranée, elle est devenue un révélateur des dysfonctionnements de la démocratie.
Depuis toujours, notre système est le porte-voix de lobbies. Plus ou moins efficaces, ou représentatifs, ils sont aujourd’hui parfaitement admis dans les couloirs de notre parlement. La puissance des plus vigoureux transforme l’administration et les responsables politiques en de réels complices.
Comment parler d’écologie politique alors que le parlement est un terrain de jeu pour Monsanto, Bouygues et autre Véolia ? Ce sont donc aujourd’hui de solides contre-pouvoirs permanents qui sont à construire. La démocratie est à réinventer, et c’est à cette seule condition que l’écologie politique pourra se développer. Nous sommes là au coeur des raisons montrant le besoin d’une sixième république.
La démocratie doit devenir "l’oxygène de l’écologie" (N. Mamère), et certainement pas le contraire, comme on voudrait nous le prouver avec de timides saupoudrages dans les programmes électoraux.
Il ne s’agit donc pas de construire une écologie autoritaire où le rationnement devra sauver le monde malgré lui. L’écologie politique ne peut vivre que dans un système ouvert et respectant les droits des personnes. La démocratie écologique exige la responsabilité de chacun, et le contrôle des citoyens. Nous ne pouvons donc parler que d’une démocratie directe, qui soit représentative et participative.
Agir
Produire mieux avec moins
La hausse du coût de l’énergie, l’envolée des matières premières, et la pénurie de pétrole annoncée montrent que, plus que jamais, l’industrie doit se montrer économe. Nous sommes aujourd’hui face à des paramètres qui mettent sa rentabilité directement en cause, et les méthodes mises en place pour répondre à ce danger seront déterminantes.
Les pistes les plus évidentes peuvent être listées ici :
- Miser sur les nouveaux matériaux
- Réserver le pétrole à des usages "nobles" (ce qui implique de favoriser la production locale)
- Améliorer l’efficacité énergétique
- Tout doit être recyclé !
- Louer plus, vendre moins
Valoriser plutôt que jeter
La production mondiale de déchets est estimée à 4 milliards de tonnes par an. Or, ces déchets peuvent aussi être des ressources. Différentes solutions existent :
- Les transformer en gaz et en nouveaux carburants (procédé de la thermolyse, ou encore procédé de méthanisation) : 1T de déchets = 240kg de coke ou 140m3 de biogaz.
- Faire du compost
- Recycler les matières premières, soir par simple récupération (aluminium, cuivre...), soit par procédé industriel (textiles).
Repenser la ville
Il nous faut créer une ville "des courtes distances". Bétonner de nouvelles parcelles pour construire toujours plus de pavillons individuels va se payer cher en ressources. Là encore, quelques lignes suffisent à esquisser la ville durable :
- Faire des villes plus compactes. Il s’agit notamment de développer de nouvelles villes polynucléaires, dont ces centres seraient reliés par des transports en commun très efficaces.
- Mélanger lieux de vie, de travail, et de commerce pour diminuer les besoins en transports.
- Construire des "boucles" qui relient les zones périurbaines (les déplacements inter-banlieue représentent plus de 70% des déplacement franciliens, et moins de 10% sont effectués en transports en commun).
Pour conclure
Le projet d’avenir est donc bien réel, même s'il s’est imposé à nous à cause d'échéances catastrophiques. Nos vies changent. Incontestablement, nous nous déplacerons moins, incontestablement, nos rythmes de vie devront ralentir, et, incontestablement de nouvelles économies devront se mettre en place.
La question éternelle est : Faut-il soutenir durablement notre modèle de développement actuel, ou trouver un nouveau mode de développement qui nous permette de vivre mieux ?
La réponse est dès lors donnée. Notre modèle de développement actuel n'est plus soutenable.
La volonté politique et la mise en place de nouveaux contre-pouvoirs nous pousseront obligatoirement vers des objectifs qui tourneront autour de l’Homme, et non autour des performances boursières.
Nous sommes au début du premier tour de roue de cette stratégie, et le danger le plus grand reste encore et toujours celui d’une erreur sur les objectifs.
Les nouveaux indicateurs de qualité de vie devront peu à peu se faire la seule valeur de référence des gouvernements, et, pour cela, nous devons apprendre que ce n’est pas incompatible, bien au contraire, avec les nouvelles économie et les nouveaux emplois qui émergeront de cette nouvelle stratégie de vie (nouvelle car désormais explicite) : répondre à nos besoins sans compromettre la
capacité des générations futures à répondre aux leurs.